Les grottes sacrées des Hautes Terres de L’Ouest Cameroun
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Récit

Fossong Ellelem, pays des grottes

jeudi 29 juillet 2010

C’est à la lumière d’une petite lampe à pétrole que j’écris ces lignes. La radio grésillante camerounaise passe une vieille chanson bamiléké. Perdu à Fossong Ellelem, un groupement sur les flancs reculés des monts Bamboutos, au bout d’une route qui ne va pas plus loin. Les personnes qui arrivent ici ne viennent pas par hasard. Je viens de passer une journée de prospection épuisante, mais fructueuse.

Fossong Ellelem, Ouest Cameroun

Fossong Ellelem est un village dans les nuages. A 1700 m, en bordure des hauts-plateaux Bamiléké, ce village surplombe la forêt tropicale humide de Korup, une forêt qui fait partie des très rares ayant survécu à la dernière glaciation. On y trouve donc des espèces d’arbres uniques, certaines ayant 60 millions d’années. Sur cette forêt très humide et chaude, située à 250 m d’altitude, souffle un vent qui condense les nuages sur les bords abrupts des monts bamboutos ce qui baigne Fossong Ellelem dans une brume semi-permanente.

Parti le matin de Dschang, après 1h de moto, à grande vitesse sur une piste terreuse plutôt bien entretenue, je rencontre le chef Fossong Ellelem accompagné de Richard, conseiller municipal de Fongo Tongo, qui m’a été commis par l’adjoint au maire.
Je présente mon projet au roi. Dans la salle d’audience, assis sur un trône simple, il porte une tenue plutôt dépouillée, agrémentée de fourrure. Dans ces montagnes prises quotidiennement dans les nuages, la température est fraîche. Il m’écoute, et ne décrochera que peu de paroles, laissant plutôt ses notables me questionner. Sa prestance est réellement royale.

Il fait chercher Kemlemo, qui connaîtrait une grotte, et qui arrive peu de temps après. Nous partons immédiatement avec ce notable.
Le territoire montagneux est très accidenté. Les vallons très profonds, parallèles, se succèdent. La forêt à perte de vue.
La modernité commence à arriver, avec un projet d’électrification villageoise.
Grotte dolmen de Kuila, Fossong EllelemNous descendons au fond de la concession de Kemlemo pour trouver sa grotte : un dolmen granitique naturel, Kuilà. Il organise ici des séances de médecine traditionnelle à base de plantes locales. Habillé de sa tunique de tradi-praticien, il est reconnu par les esprits du lieu qui le laissent entrer, puis nous guide entre les piliers du dolmen.

Sur le chemin du retour, nous faisons une petite séance de botanique. Je croise un arbre très étrange, nommé Ekôbo pchii. De ses branches tombent des longues tiges filiformes très fines rouge vif mesurant jusqu’à 2m de long, au bout desquelles pousse une fleur volumineuse.
Au sol, dans l’humus, certains arbres font des rejetons rouges qui poussent en grappes autour de la souche. Ce sont des Tso’o, dont les graines se mangent fraîches. Le goût initial est acide, mais l’on retrouve par la suite la douceur sucrée et épicée du ndeu’ndeu, la jujube locale.

Nous passons peu après devant la case d’une très vieille femme qui nous invite immédiatement à partager un petit repas. Dans une case en briques de terre battue, assis sur des tabourets sculptés dans des billots de bois, en rond autour d’un foyer brûlant à même le sol surmonté d’une énorme marmite, elle nous sert un plat de taro à la sauce jaune. Un de mes plats préférés. On prend avec les doigts un peu de purée de taro (une espèce de tubercule blanchâtre). On trempe ensuite ses doigts dans une sauce forte en arômes, préparée avec de nombreuses épices et de l’huile de palme non raffinée qui lui donne une couleur jaune vif. On porte enfin le tout à sa bouche. Repas rapide, car Richard est très actif et cherche à rentabiliser la journée.
Lorsque nous ressortons, le brouillard est descendu et la visibilité nulle. Il s’échappe de ce paysage cotonneux des milliers de chants d’oiseaux.

Nous nous engageons vers la demeure de Kemdjeuteu, autre notable de la chefferie. Il connaît d’autres grottes sur sa propriété. Commence alors une descente à pic en direction du fond de la vallée. Trois cents mètres de dénivelé plus bas, nous arrivons aux grottes. Des empilements de boules granitiques, peu propices aux développements importants, mais pouvant constituer potentiellement des abris sous roche.
Un, notamment, semble plus intéressant. Alors que le propriétaire s’arrête devant la troisième grotte, je prends un peu de recul et lui demande s’il n’y aurait pas une autre grotte, au-dessus. Devant sa réponse négative, je lui demande la permission d’aller vérifier, et je tombe sur un joli petit abri, occupé par des chauves-souris et des singes sans queue. Le site pourrait être un abri préhistorique, mais un petit sondage rapide est sans succès.
La remontée fait souffrir tout le monde, mais de retour dans la maison du notable, un bon plat de pommes de terre avec des haricots rouges nous attend. Un délice.
Nous partageons quelques goyaves cueillies sur l’arbre, quelques verres de vin de palme, récolté le matin et très sucré, ainsi que les traditionnelles noix de kola. Quelques-uns de ses 21 enfants jouent dans la cour de sa concession.
Fo Mbouh à Fossong Ellelem
La journée se termine par la visite de Fo Mbouh, LA grotte sacrée de la chefferie, mère de toutes les autres grottes. Sous une pluie battante, nous rejoignons la case rustique de Richard qui m’héberge pour la durée de mes recherches ici.

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